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Crypto-monnaies nationales : légitimation ou tentative de récupération ? (2/2)

Par Fred le 12/01/2018 (Législation)
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Dans la première partie de cet article, nous avons brièvement évoqué les motivations et méthodes de certains pays quant à l’utilisation des crypto-monnaies, ces pays se caractérisant par le fait qu’ils sont touchés par un panel plus ou moins larges de sanctions commerciales ou financières. Ici, nous allons évoquer l’intérêt que portent certaines démocraties aux crypto-monnaies. Nous conclurons en évoquant certaines des perspectives que ces différentes initiatives ouvrent, ou pourraient fermer, pour les crypto-monnaies. La question sous-jacente étant de savoir si ces initiatives étatiques tendent à légitimer les crypto-monnaies telles que nous les connaissons actuellement ou vont plutôt dans le sens de leur contrôle avec, au final, un objectif d’intégration au sein du système économique classique.

La banque centrale du Royaume-Uni étudie le lancement d’une crypto-monnaie… avant de se raviser

Selon le quotidien anglais The Telegraph, la banque d’Angleterre réfléchirait sérieusement à l’émission d’un crypto-monnaie nationale arrimée à la Livre Sterling. Son directeur, Mark Carney, y voit la possibilité combiner les avantages de la souplesse des monnaies virtuelles avec les garanties que procurent le contrôle d'une autorité financière. Un groupe de travail dédié avait été créé avec pour objectif de rendre les résultats de son travail endéans les deux ans…. Et puis, pouf, tout d’un coup, ce mardi, volte-face complet et abandon du projet avec, comme justification, la crainte que les anglais n’adoptent trop fortement cette monnaie virtuelle et ne délaissent les banques traditionnelles, vidant leurs comptes courants au passage.

Mais, ailleurs, plusieurs pays continuent d’envisager sérieusement la possibilité d'introduire des crypto-monnaies nationales ou de mettre en place des systèmes de paiement de gros montants en crypto-monnaies, sous contrôle et gestion de leur banque centrale. Ainsi, en août dernier, l’Estonie a annoncé son projet de lancer sa propre monnaie digitale, l’Estoi. De son côté, la Banque centrale israélienne étudie la possibilité d’émettre une monnaie numérique afin de créer un système de paiement plus rapide et de réduire la dépendance du pays à l'argent liquide. Allant plus loin, la Suède non seulement envisage l’émission d’une e-Krona, une Couronne suédoise digitale complémentaire à l’argent liquide, mais le Lantmäteriet, l’autorité officielle d'enregistrement immobilier, étude la possibilité d’utiliser les mécanismes de la blockchain dans les transactions immobilières.

Quelles perspectives ces initiatives ouvrent-elles ?

Ces exemples de création de crypto-monnaies reposent sur des motivations différentes mais complémentaires puisqu’au final il s’agit d’une volonté de contrôle de son propre environnement économique. S’ils sont menés à terme, ces créations de nouvelles crypto-monnaies pourraient jouer un rôle dans l’affaiblissement, voire la disparition, des crypto-monnaies décentralisées non étatiques.

En émettant leur propres crypto-monnaies, les états réaffirment là non seulement leur volonté de garder le contrôle sur les processus de création et d’échange de monnaies mais ils se positionnent aussi en concurrents dans l’évolution des modes de paiement et de transfert de fonds au niveau international.

A la différence des créateurs anonymes de crypto-monnaies, les états disposent, eux, d’un arsenal législatif pouvant être utilisé pour sévèrement limiter la circulation des crypto-monnaies non reconnues. Sous couvert de justifications plus ou moins valides - comme la lutte contre la fraude et le blanchiment d’argent, l’encadrement des marchés spéculatifs ou la nécessité de taxer les revenus générés – les états pourraient imposer globalement un carcan légal destiné non seulement à implémenter ce type de contrôle mais pouvant également aboutir à favoriser leurs émissions propres, arguant qu’une crypto-monnaie d’état est plus à même de jouir de garanties de solvabilité et de stabilité à long termes qu’une crypto-monnaie classique (dont la valeur, rappelons-le, ne repose que sur la croyance collective de ses détenteurs). Cela aurait également comme effet de limiter l’aspect spéculatif des crypto-monnaies et de les ancrer à l’économie réelle et au commerce de biens et services.

L’émission de crypto-monnaies par des états représente un nouveau facteur important dans l’évolution des crypto-monnaies. Idem pour les restrictions ou régulations, qu’il serait naïf de minimiser : s’il est une chose qu’il faut retenir de la mise sous tutelle de la Grèce par la Troïka, c’est bien qu’il est tout à fait possible, en démocratie, de drastiquement restreindre tous les transferts de fonds au sein d’un pays, et ce en une seule nuit.

Reste à voir si cet intérêt des états jouera, cette année déjà, un rôle, stabilisateur ou déstabilisateur, pour les crypto-monnaies décentralisées. A suivre de près donc.

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